La télé-échographie robotisée permet à un expert distant de réaliser une échographie grâce à un bras robotisé. Pendant ce temps, un manipulateur sur place accompagne le patient et positionne le dispositif. Mais comment fonctionne réellement un robot de télé-échographie ? Comment les gestes de l’expert et les images échographiques sont-ils transmis en temps réel ? Dans cet article, découvrez la télé-échographie robotisée et la technologie qui se cache derrière.
Télé-échographie robotisée : technologie et fonctionnement
La télé-échographie robotisée est une technologie qui se décline en 3 grandes familles : le bras robotisé, la sonde motorisée et le téléguidage assisté.
- Bras robotisé (RA) : un bras articulé porte une sonde d’échographie standard et reproduit à distance les mouvements d’un expert.
- Sonde motorisée (MP) : la sonde contient des micro-moteurs et l’expert à distance contrôle l’orientation du transducteur à l’intérieur de la sonde.
- Téléguidage (RG) : un professionnel sur place tient la sonde et est guidé en temps réel par un expert en visioconférence.
Chacune de ces 3 architectures répond à des besoins différents, en offrant une qualité diagnostique comparable à l’échographie conventionnelle (P. Arbeille et al., 2016).
AdEchoTech conçoit des systèmes de télé-échographie robotisée destinés à la réalisation d’examens échographiques à distance. Découvrez la solution de télé-échographie robotisée MELODY.
Le bras robotisé : la première génération d’échographie robotisée
MELODY est née du développement du bras robotisé, première technologie de télé-échographie validée en clinique grâce à des projets européens et à des applications spatiales. Cette première réussite a servi de base pour définir ce qu’est MELODY aujourd’hui : une technologie tangible mise en œuvre pour répondre aux défis d’accès aux soins.
Un bras articulé fixé sur un support porte une sonde standard (abdominale, cardiaque ou linéaire). Un soignant non expert place le bras au-dessus de la zone à explorer et le maintient en place. Un expert, dans un autre lieu, manipule une sonde fictive. Ses mouvements (inclinaison, rotation ou petits déplacements) sont reproduits par le bras sur le patient. Les images échographiques sont envoyées en flux vidéo, souvent accompagnées d’une visioconférence pour communiquer avec le patient et le soignant.
Le système MELODY d’AdEchoTech illustre cette approche. Cette technologie offre un contrôle total de l’orientation de la sonde par l’expert. Elle est compatible avec une grande gamme de sondes classiques, ce qui la rend facile à intégrer dans des équipements existants. Elle a été validée dans diverses situations : déserts médicaux, urgences, suivi de grossesse, situations de crise et même échographie spatiale à bord de l’ISS.
Les études montrent que le bras robotisé permet d’obtenir un diagnostic dans environ 97 % des cas pour les organes profonds avec une qualité d’image proche de l’échographie conventionnelle.
En contrepartie, le bras et son support sont encombrants et lourds, ce qui rend certains déplacements et certaines positions plus difficiles. Il faut un soignant sur place pour positionner et stabiliser le bras, et parfois pour régler l’échographe. Les examens sont en moyenne plus longs qu’avec une sonde motorisée, surtout pour les organes profonds, car les petits mouvements de translation sont moins fins.
Malgré ces limites, le bras robotisé, et en particulier la solution MELODY d’AdEchoTech, constitue une solution de référence pour les centres qui veulent une télé-échographie polyvalente et compatible avec leurs sondes actuelles.
Sonde motorisée : la robotique intégrée dans la sonde
La sonde motorisée marque l’avènement de la deuxième génération de télé-échographie. Elle a été conçue pour être plus ergonomique et plus pratique à déployer.
La sonde possède de petits moteurs qui inclinent et font pivoter le transducteur. Un soignant pose la sonde sur la zone à examiner et la maintient. L’expert, à distance, utilise une fausse sonde et un clavier pour orienter le transducteur. Certaines solutions comme celles de Sonoscanner ou certains projets CNES/ESA utilisent ce principe.
Cette architecture offre une très bonne ergonomie. La sonde est légère et facile à positionner sous les côtes ou sur des zones difficiles d’accès. Les temps d’examen sont plus courts pour les organes profonds et significativement plus rapides qu’avec un bras robotisé (P. Arbeille et al., 2016).
La mobilité de l’expert représente également un point fort. Un ordinateur et une fausse sonde USB utilisable depuis un cabinet, le domicile, un véhicule sont nécessaires, tant que la connexion Internet est sécurisée. Il est aussi possible d’acquérir des volumes 3D et de les réanalyser ensuite au centre expert.
Cette technologie présente cependant quelques contraintes. Elle nécessite des sondes spécifiques motorisées, moins nombreuses et parfois plus chères que les sondes classiques. La tête de la sonde motorisée peut être moins adaptée que des sondes linéaires très haute fréquence utilisées en téléguidage pour certains vaisseaux très superficiels et fins.
La sonde motorisée est aujourd’hui considérée comme le meilleur compromis pour les organes profonds et les organes superficiels volumiques comme la thyroïde, les muscles ou l’abdomen. Elle est également très fiable sur le plan diagnostique.
Téléguidage assisté : l’importance de la formation du soignant
Le téléguidage est la solution la plus simple techniquement, mais elle demande une bonne formation du soignant sur place. Un professionnel, souvent un médecin généraliste, tient la sonde et réalise l’examen. Un expert le guide en direct par visioconférence. Il lui indique où poser la sonde, comment l’orienter et quels réglages appliquer.
Le téléguidage est adapté aux vaisseaux superficiels, comme les carotides ou les veines des jambes. Le taux de diagnostic est de l’ordre de 98 % pour ces indications. Un non-spécialiste apprend à obtenir les vues transversales et longitudinales nécessaires avec une formation d’une semaine environ.
Cependant, le téléguidage seul n’est pas adapté aux organes profonds comme le foie, les reins, le pancréas, le pelvis ou le fœtus, ni à certains organes superficiels volumiques.
Le téléguidage assisté trouve donc sa place en complément des solutions robotisées pour des examens comme l’écho-Doppler artériel ou veineux superficiel, et dans des structures qui ont déjà des échographes classiques.
La transmission des données : la colonne vertébrale du système
La qualité de la télé-échographie dépend de la transmission des données comme les images échographiques, les commandes du robot, le son et la vidéo environnants.
Les commandes du robot représentent peu de données, mais elles sont très sensibles au délai. Si la latence est trop élevée, la télémanipulation devient peu réactive. La vidéo échographique est un flux en temps réel qui demande un bon débit et doit préserver les détails cliniques, qu’il s’agisse du mode B, du Doppler couleur ou du Doppler spectral. L’audio et la vidéo ambiants sont utiles pour parler au patient et au soignant.
Des travaux sur la télé-échographie cardiaque robotisée ont montré que les réseaux 4G-LTE commerciaux permettent aujourd’hui des latences très faibles, compatibles avec une télémanipulation réactive. Ils offrent des débits de plusieurs Mbps, suffisants pour transmettre une vidéo échographique de bonne qualité avec des codecs modernes comme H.264/AVC ou HEVC sans perte diagnostique. L’expérience utilisateur est proche de celle d’une échographie à l’hôpital avec des débits de l’ordre de 2 Mbps.
Ces performances ouvrent la voie à des déploiements en zones rurales, dans des ambulances ou lors de situations d’urgence. La fibre, la 5G et les liaisons satellite complètent ce panel, qu’il s’agisse d’hôpitaux, de maisons de santé, de sites isolés ou de missions spatiales.
MELODY en pratique : une solution déjà déployée en routine
Contrairement à de nombreux prototypes de recherche, MELODY est une solution commerciale déjà utilisée en routine clinique. Ce système est déployé dans plusieurs territoires français, dont des zones sous-dotées en spécialistes. Le système permet de réaliser des échographies à distance dans des spécialités variées : échographie abdominale, cardiaque, vasculaire, suivi de grossesse, etc.
Lors de ces examens, un manipulateur ou un médecin généraliste accueille le patient dans une maison de santé ou un hôpital de proximité équipé du bras MELODY. Un expert, installé dans un centre de référence, prend le relais à distance pour réaliser l’examen. Les premiers retours d’usage montrent une concordance d’environ 90 % avec l’échographie conventionnelle.
Cette maturité clinique distingue MELODY des solutions encore au stade expérimental. Le système bénéficie d’un retour d’expérience accumulé sur plusieurs années, avec des protocoles validés, des formations pour les soignants et une intégration dans les parcours de soins.
Découvrez les autres applications de cette technologie en lisant notre article sur l’échographie robotisée appliquée aux examens cardiaques.
Sources :
Avgousti, Sotiris et al. “Cardiac ultrasonography over 4G wireless networks using a tele-operated robot.” Healthcare technology letters vol. 3,3 212-217. 28 Sep. 2016, doi:10.1049/htl.2016.0043
Arbeille, Philippe et al. “Tele-Operated Echography and Remote Guidance for Performing Tele-Echography on Geographically Isolated Patients.” Journal of clinical medicine vol. 5,6 58. 13 Jun. 2016, doi:10.3390/jcm5060058


